Moebius

moebius-metreon-2

Je m’intéresse beaucoup à Moebius ces temps-ci : ses dessins, son histoire, son dessin, ses histoires. C’est un personnage intéressant, marqué par l’absence d’un père et propulsé dans l’univers de la bande-dessinée alors que ça s’appelait encore des “illustrés” et pas des BDs. Je vous passe sa bio, elle existe un peu partout sur le net, avec des docus pas mal sur Youtube et autres.

J’ai lu “Docteur Moebius et Mister Gir”, qui regroupent tous les entretiens qu’il a eu avec l’auteur, Numa Sadoul, depuis les années 70 jusqu’à sa mort en 2012. Voilà mes notes :

Sur sa consommation d’herbe :

“Quand j’ai commencé mes expériences en tant que Moebius, le cannabis était ma clé principale. Toute cette recherche du subconscient s’opérait en grande partie grâce à l’herbe, que j’avais découverte lors de mon premier voyage au mexique, bien avant la grande explosion de la consommation de drogues psychédéliques. Pour moi, le cannabis, c’était le mexique, la magie indienne, c’était relié à l’expression artistique. Pas du tout à l’éclatement de la tête pour compenser les frustrations – bien que cet aspect-là se soit glissé insidieusement, et parfois à mon insu, dans ma pratique. Il ne faut pas s’en servir (du cannabis). On peut le rencontrer, traiter avec lui, avec rigueur, en prenant des garanties.”

Sur sa rencontre avec Jodo et son intérêt pour des choses saines et spirituelles :

“Un des premiers bouquins que m’avait fait lire Jodo était l’Art chevaleresque du tir à l’arc, où intervient la notion du corps et de l’âme formant un tout mystérieusement transformable par l’énergie pure. J’ai donc commencé à penser que si mon âme devait être enrichie, mon corps avait besoin d’être nettoyé et qu’à travers le karaté j’avais la possibilité d’effectuer ce nettoyage, le tout allié, bien sûr, à une alimentation saine. En même temps, je dévorais les livres de philosophie, d’ésotérisme, j’étudiais les traditions religieuses du monde entier.”

Sa recherche l’a conduit à son enfance, particulièrement grâce à un psy du nom de Pierre Cousteau qui lui à mis dans les mains les livres d’Alice Miller, qui portent sur l’enfance :

“Sur l’enfant qui est en toi, quel que soit son âge, et à qui tu peux toujours donner les moyens d’exprimer tout ce qu’il n’a pu exprimer durant sa période d’apprentissage, au cours de laquelle on l’a “cadré” et “hypnotisé” pour répondre à une vision du monde unifiée et rationelle.”

Sur le fait de devenir adulte :

“Nous sommes tous des horloges incroyablement programmées, biologiquement et physiquement. Beaucoup de programmes psychiques démarrent autour de la trentaine, pour une raison simple : c’est normalement l’âge où l’on a connu nos parents alors qu’on était petit. Il y a donc une image d’eux qui s’est fixée en nous et qui sert inconsciemment de plan de programmation de notre horloge psychique.”

Sur sa non-conformité artistique :

“Je n’obéis pas aux règles de la productivité émotionnelle ou de l’efficacité narrative”.

Sur le concept d’artiste :

“A mon avis, l’artiste n’est pas forcément quelqu’un qui laisse une trace visible, et ce n’est pas forcément la trace laissée qui fait la valeur de l’artiste mais plutôt l’émotion qui le traverse à l’instant où il crée. Donc, s’il y a une émotion, une création, mais pas de trace visible, cela n’empêche pas d’être un artiste.”

Un petit passage qui m’a fait pensé à Steal Like an Artist :

“Moi, j’intègre tout, je bouffe tout ; comme dit Cadelo : je “vole” tout !”

Quelques mots sur le trop-plein d’informations :

“Dans la bande dessinée moderne, on a ouvert des portes dangereuses : la surenchère dans le bombardement d’informations, donc le blocage du rêve du lecteur.”

Et le mot de la fin, par Jodorowsky :

“Je ne sais pas si Moebius aime dessiner mais le dessin aime sortir de sa main. J’ai aussi appris cela : l’oeuvre existe avant l’artiste et elle choisit par quel artiste elle va se manifester, tout comme l’esprit choisit, selon moi, en quel corps il va s’incarner. Et tous les dessins qui sortent de la plume de Moebius sont ravis : c’est du dessin en état de ravissement, au sens religieux du terme ! Cette espèce de dessin illuminé, en extase, je ne l’ai trouvé que chez Jean.”

Bien sûr, comme en ce moment je dessine, ce sont les dessins de Moebius qui me parlent le plus. J’essaye d’imiter son approche pour trouver mon propre style. C’est pourquoi j’ai lu un autre bouquin : “Moebius ou les errances du trait” de Daniel Pizzoli, qui fait l’analyse de sa technique de dessin. Ou plutôt de ses techniques, parce que c’était un dessinateur extrêmement versatile, et il n’hésitait pas à changer de style au cours d’une même BD, ce qui était vu alors comme une transgression interdite.Une grosse partie du livre aborde les hachures qu’il utilisait pour modeler la matière, au point où le dessin en devenait presque secondaire tellement on peut voir le temps et la patience qu’il y a mis. Quelques passages :

“La ligne de contour et les volumes s’organisent autour d’une rythmique interne propre à chaque dessinateur. Dans le dessin d’imagination,  elle jaillit spontanément du pinceau après un un long travail d’éducation de la main et du regard car c’est avant tout une affaire de sensibilité. Il n’y a pas de règles à appliquer pour donner de la vie au trait.”

Et Moebius lui-même à propos de son esprit quand il dessine :

“En fait, quand on dessine, on a pas l’esprit vide. Il y a des moments où l’on s’intéresse à ce qu’on fait, et puis des moments où quand on fait des hachures, l’esprit se met à vagabonder, on rêve. Et pendant ce rêve, on rêve à la deuxième image et quand la première image est finie, la deuxième est fixée dans la tête.On sait ce que ça va être. On la fait, et ainsi de suite, la troisème image arrive.”

 

 

%s